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Mieux vivre l’instant
Thérapie contemplative, investigations philosophiques, expressions dynamiques

L’expérience fondamentale de la non dualité,
la thérapie de l’instant
 
Bien que nous soyons plongés dans la dualité, la source de toutes nos expériences est fondamentalement non duelle. L’espace ouvert, fluide et sans entraves de la nature inconditionnée de l’esprit coémerge à toutes les situations que nous vivons dans l’instant, à toutes les expériences que nous faisons.
La contemplation, approche non duelle consiste à laisser être, au-delà de toute saisie, la douceur spacieuse simple et naturelle de l’instant. En cessant d’alimenter les tendances à la réactivité, nous devenons plus attentif à l’aisance naturelle déjà présente. Aller dans le sens d’une absence de contraintes, de tensions et d’efforts nous laisse entrevoir de nouvelles possibilités d’expérimenter le quotidien. Nous n’avons plus à chercher ailleurs, à nous contorsionner pour échapper aux situations, nous pouvons savourer l’instant tel quel. Par cette expérience, rien ne change, et pourtant tout est différent.

Bien qu’aucune situation ne soit, d’un point de vue fondamental, plus favorable qu’une autre pour vivre cette aisance naturelle, il est néanmoins nécessaire de réunir de bonnes conditions pour s’y entraîner. En l’espace et ses qualités, rien n’est troublé, exclu ou préféré. Encourager cette expérience de non contrainte nous aide à réaliser que nous pouvons nous détendre en toutes circonstances. Ensuite, il s’agit de pouvoir stabiliser cette expérience, d’être capable de l’intégrer dans les activités de la vie quotidienne. Stabiliser n’est ni forcer ni fabriquer mais s’entrainer et s’entraider à laisser être ce qui est, confiant en l’espace clair, libre et ouvert de l’instant. De là nos actions profiteront d’une lucidité accrue et d’une sérénité sans conditions.
 
Pendant les ateliers, nous utilisons des exercices dont la simplicité est parfois déroutante pour lâcher les formatages qui sont à l’oeuvre dans pratiquement toutes nos actions. Nous expérimentons que la véritable sécurité se trouve lorsque nous sommes en lien naturel et intime avec le coeur ouvert des situations.

Habituellement, nous cherchons à faire ou à ne pas faire en créant des conditions, des contextes, des structures dont nous devenons prisonniers. Ainsi il y a toujours des contraintes à la détente et au bonheur. La pratique assise nous confronte également à ces tendances, où nous nous imposons par habitude des conditions à remplir pour nous sentir bien et détendu. Nous jugeons, évaluons ensuite notre capacité à réussir ou à échouer, ce qui entretient l’agitation, les distractions, l’insatisfaction chronique, la sensation de ne jamais pouvoir se reposer véritablement.
Le discours intérieur, les bruits de fond du mental, l’habitude des ruminations continues influent sur notre humeur, notre énergie, notre qualité de présence. On se dit qu’il y a toujours des obstacles, que d’autres y arrivent mieux que nous, que la vie ne nous a pas gâté etc. On s’épuise dans ces luttes intérieures sournoises et stériles, on se juge, on se culpabilise de ne jamais être là où il faut, ni d’arriver à faire ce qu’il faudrait faire. Lorsqu’il semble que nous y parvenons, nous nous attachons, nous nous agrippons au résultat souhaité jusqu’à douter que ce soit le bon, et la lutte se perpétue ainsi, nous faisant à nouveau reproduire cette quête insatiable et avide de conditions idéales en vue d’un résultat définitif. Nous buvons l’eau salée pour étancher notre soif et voulons la stocker, main refermée et crispée sur une réalité qui, par sa nature même, nous échappera toujours. Nous nous heurtons au caractère transitoire, éphémère et insatisfaisant des phénomènes.
 
Le premier pas pour sortir de ce perpétuel mal-être est de reconsidérer nos attitudes : se réconcilier avec l’expérience corporelle, questionner nos mentalités, cesser d’entretenir les réactivités émotionnelles qui valident la dualité. Nous pouvons mettre entre parenthèses nos certitudes et interroger nos tendances à séparer toutes choses. Par exemple, nous séparons volontiers : vie quotidienne/pratique de la méditation, existence conditionnée/présence inconditionnée. Abordée dans ce contexte duel, la notion même « d’instant présent » est souvent mal cernée. L’instant présent devient objet de fixation, il est vécu comme un moment subtilement solidifié où rien n’advient de gênant, un instant à part, différent de ce que nous vivons justement à l’instant. Ainsi se met-on en recherche d’ instants particuliers, paradisiaques, d’expériences extraordinaires. Nous sommes déçus quand nous ne les rencontrons pas, enthousiastes quand nous croyons les posséder enfin.
Fondamentalement, c’est-à-dire au-delà de la séparation que le mental conditionné opère, il n’y a ni passé, ni futur et finalement ni présent, juste l’écoulement continu, dynamique et fluide de l’ouverture semblable à l’espace. Certes une telle ouverture peut faire peur et déstabiliser les repères sur lesquels nous nous sommes construit une identité. De toutes façons, toute construction est toujours susceptible d’être déconstruite. Le vie nous confronte à cela. Même si la dialectique de l’ego est clanique et tend à auto-valider ses schémas, ses constructions, ses protections, l’impermanence et le changement bouscule sans cesse nos prévisions et nos attachements.
Lorsque les tendances à solidifier, à commenter, à interpréter ne sont jamais remises en question, elles entérinent la croyance que nous existons réellement comme entité et sujet d’expérience, coupé, séparé d’une réalité extérieure qui renforce ou fragilise notre identité. Nous nous sentons malmenés par une réalité extérieure et hostile qui entre en conflit avec nos désirs personnels, nos volontés que cela « se passe ainsi et pas autrement ». Nous développons alors des stratégies d’évitement pour tenir à l’écart certaines situations qui semblent nous menacer ou nous élaborons des stratégies pour générer des situations qui nous confortent dans nos croyances.
 
Comment sortir de la fascination pour ses propres créations mentales ?
En se reliant à l’expérience concrète du présent. En se réconciliant avec ce que nous sommes, notre histoire, notre existence conditionnée. Au lieu de lutter, de refuser, de s’opposer à ce qui est, à ce que nous sommes, décidons de prendre en main notre évolution psychologique et spirituelle partant de là où nous sommes aujourd’hui.
Se réconcilier avec notre existence conditionnée est au coeur du processus de la thérapie contemplative, processus dont le fruit est l’amour inconditionné de l’instant.

Prendre soin de l’existence conditionnée, écoute spacieuse et questionnement
 
Attraction/ répulsion, attachement/ aversion, bonheur/ malheur sont les grands slashs de la saisie égotique. Chacun de nous connaît de longues listes de slashs, d’extrêmes entre lesquels il oscille sans jamais pouvoir être rassuré ou se sentir en sécurité. Le terrain de la dualité, de la croyance en un soi identitaire fixe, immuable et autonome est source de contrariété dans les plus infimes détails du quotidien. Distorsions, réactivités émotionnelles, frustrations sont l’expérience de dukkha. Nous ne cessons d’entretenir par nos conversations intérieures la pluralité de nos « moi » qui s’élèvent comme autant de barrières mentales renforçant la dualité intérieur/extérieur, moi/autrui, passé/futur, confusion/éveil.
 
Dans l’approche contemplative, nous nous permettons de laisser être l’expérience libératrice du présent. De l’ici et maintenant, nous découvrons comment nous nous séparons de l’instant, créons des fixations, et comment par le rappel des qualités de l’espace, l’expérience duelle peut se dissoudre et faire place à la présence inconditionnée, libre de saisie.
Aller au-delà des projections, des préférences et des aversions, se détendre dans l’espace ouvert et fluide à quoi rien ne manque.
Cet espace ouvert, clair et vide déjà là ne peut être lui-même saisi comme quelque chose. Il précède la saisie et se révèle dans l’expérience immédiate du lâcher-prise.

La dualité est une forme d’exclusion, on s’exclut, on s ’individualise jusqu’à la nausée solipsiste d’exister. Cherchant le bonheur, la sérénité, la joie inconditionnée, nous ne rencontrons que les visages du mal-être. Telle est la condition de la sorcière qui ne pouvant être heureuse par trop de frustrations et de fixations empêche quiconque de l’être. Car le mal-être qui émane de soi se propage, distillant d’insidieux poisons qui entretiennent la morosité et le désespoir autour de nous. Difficile ensuite de s’ouvrir en grand, de développer la détermination à l’éveil ou de simplement mener sa vie avec responsabilité et justesse. Nous nous sommes rapetissés dans nos plaintes et nos suffisances jusqu’à nous vanter d’incapacité et d’impuissance, tel est le discours de la souillon qui vit en nous, nous voilà devenus ce que nous nous sommes racontés. Où est donc passé le héros ?
 
Plutôt que de nier notre réalité conditionnée, voire de la mépriser la jugeant simplement illusoire et sans intérêt, il s’agit au contraire de réinvestir le royaume et d’en faire l’état des lieux. En se réconciliant avec son existence telle qu’elle est aujourd’hui, nous réunissons les bonnes opportunités pour prendre en main notre propre cheminement.

L’état des lieux du royaume commence par des questions. Quelle est notre quête ? La quête a des allures d’enquête. Nous connaissons cela depuis notre enfance. Les enfants posent des questions pertinentes, énoncent spontanément des koans . Comme ces quelques énigmes piochées au cours d’ateliers avec des enfants. (dans le cadre d’atelier d’écriture de haïku)
Avant d’être dans le ventre de ma mère, j’étais où ?
Lorsque l’on est mort, on va où ? Pourquoi le soleil me suit partout dans ma course ? C’est lui ou c’est moi ? Est-ce que l’amour en soi de soi ça existe ?

Réveiller en nous l’acuité du questionnement, de l’enquête, le goût de l’investigation, s’ouvrir à la fraîcheur de l’instant spacieux dans lequel la sagesse du « je ne sais pas » laisse le paradoxe nous renvoyer à l’expérience immédiate. Que suis-je ? Qui suis-je ?
 
Lors d’exercices d’entrainement à l’art de questionner, nous aidons l’autre à voir en lui les propres koans de son existence comme des opportunités d’éveil à la non dualité. Nous procédons ainsi : l’un questionne et guide l’échange en rebondissant sur le langage de son interlocuteur, en restant attentif aux gestes et aux émotions qui se manifestent. Ce procédé rappelle celui de la maïeutique socratique ainsi que les méditations analytiques de lhagtong. Il aide à dénouer en douceur et avec efficacité les noeuds du langage dans lesquels la pensée conditionnée crée des scénarios, des schémas douloureux. Cet art de questionner libère les énergies corporelles et psychiques, dissout les fixations sans agressivité. Nous ne cherchons pas à changer l’autre ni à entretenir l’illusion qu’il y a des réponses à tout, du sens à toutes nos épreuves, mais simplement voir comment nous nous limitons nous-même, comment nous nous racontons toujours les mêmes histoires sclérosantes sans trouver le moyen d’en sortir. Voulant résoudre nos questions existentielles par le langage, nous ne faisons que nous heurter au mur creux d’une dialectique conditionnée par la dualité. Les auxquels nous attachons tant d’importance façonnent notre réalité. Ici nous portons attention à la mise en creux, précieuse car elle délace la vacuité du corset de la pensée et déroule l’espace insaisissable et soyeux que rien n’entrave.

Dans le miroir des questions nous pouvons laisser l’espace montrer ce qui est au delà de la dualité questionné/questionneur, sans favoriser les conditionnements habituels de la personne par l’acquiescement ou le rejet de ce qu’elle exprime. Elle est ainsi libre de trouver elle-même les solutions qui sont les siennes et ultimement de faire l’expérience de l’absence de soi. Cet entrainement n’est pas toujours aisé au début. L’esprit reprend les pistes habituelles de l’interprétation afin d’atteindre quelque chose, de faire pour l’autre, de le juger, de l’amener quelque part dans son histoire etc. Or questionner de façon ouverte et spacieuse en l’absence de repère et d’interprétation demande de se fier à sa propre qualité de présence sans l’appui des conditionnements habituels. Moins il y a de choses à faire, de consignes cadrées, plus cela semble difficile, au début tout au moins. Ensuite, bien au contraire, cela se révèle être une attitude
pertinente qui amène une fluidité exceptionnelle dans l’écoute.
Exercice d’écoute, d’attention, de présence à la réalité inconditionnée de l’autre.
 
Par deux, A écoute B parler de la souillon (ses conditionnements négatifs). A dans une écoute sans jugement ni parti pris note les mots de B qui l’interpellent, par exemple certains mots, certaines tournures de phrases reviennent souvent dans le langage de B. Dans un deuxième temps, à partir de ce qu’il a noté, A décide de questionner B pour creuser ce point particulier en rebondissant à chaque fois sur les mots, les expressions ou les images de B.
 Exemple lors d’un atelier : une personne a relevé un mot qui l’a interpelée dans le récit de l’autre : le mot « très » revenait souvent. 
Le questionneur affine son acuité à rester en contact avec l’autre sans quitter le fil de l’instant, prêt à rebondir sans laisser l’autre se reposer dans ses justifications habituelles. Ce qui nous intéresse ici est de pointer la racine des fixations et d’ouvrir l’espace non de confirmer ou d’infirmer l’autre dans son histoire. L’induction pour commencer à questionner est : peux-tu m’éclairer sur ce « mot ou expression » , de quoi s’agit-il ? La question reste volontairement ouverte pour ne pas orienter les réponses.

Pour montrer au groupe comment procéder j’ai commencé à guider l’échange :

 
A- Peux-tu m’éclairer sur ce « très », de quoi s’agit-il ?
B- Je dis souvent « très » c’est vrai, c’est très...je veux dire beaucoup, j’ai l’impression que c’est toujours trop ce qui m’arrive.
A- De quel sorte de « trop » il s ’agit ?
B- Trop , des extrêmes, comme si les autres me mettaient toujours des limites (la personne fait un geste de séparation qu’elle répète).
A- Pourquoi fais-tu ce geste ?
B- (Prenant conscience de son geste) parce que c’est ça, exactement, des limites (la couleur de son visage et sa mobilité soudaine montre qu’une émotion affleure), les autres me mettent toujours des limites, je ne le supporte pas.
A- De quel genre de « je ne le supporte pas » il s’agit ?
B- Je ne sais pas...je suis pas bien, je me sens étouffée là, (elle met la main à sa poitrine, ses joues se colorent) on me met toujours des limites... moi aussi je suis extrême, les autres me renvoient ça aussi, que je suis dure, extrême.
A- De quel sorte de « dure, d’extrême » il s’agit ?
B- Je ne sais pas trop, je dis encore trop, tu vois, c’est peut-être des histoires avec mon père, ça me rappelle ça, que j’en fais trop, je suis de trop.
A- Comment sais-tu que c’est cela ? (j’invite la personne à rester dans cette suspension du « je ne sais pas » et à prendre son temps).
B- Je ne sais pas, je suppose...
A– De quel genre de « je suppose » il s’agit ? Ne t’accroche pas à la réponse, laisse ton esprit reposer dans l’acuité du je ne sais pas.
B- Je suppose que je ne sais pas vraiment qui croit ça.
A- Quel est ce « je » qui suppose qu’il ne sait pas vraiment ?
B- C’est moi et c’est peut-être autre chose.
A- Quel genre « d’autre chose » il s’agit ?
B- Quelque chose que je ne connais pas pour l’instant mais que je sens.
A- Qui sent cela ?
B- ….
A- Qu’est devenu le « très » ?
B- Je ne sais pas il a disparu.
A- Où ? Où était-il avant d’apparaître ? où est-il maintenant qu’il a disparu ?
B- Je cherche... ça me rend plus calme.
A- Laisse être cette expérience sans l’interrompre ni l’encourager.
….

Désolidifier la réalité : Le conte, rituel d’écoute à l’éveil des qualités du coeur
 
Dans les ateliers de thérapie contemplative, nous utilisons les contes, les mythes, les récits ancestraux qui s’adressent directement à l’intelligence symbolique, et éveillent en nous des aspirations universelles.
Après l’acuité du questionnement vient la douceur de l’écoute en détente et en résonance.
Ecouter une histoire est inspirant, la parole y est vivante et porteuse de sens. De rebondissements en rebondissements le héros évolue vers un heureux dénouement ou un avertissement destiné à attirer son attention sur les dysfonctionnements de son attitude.

Le héros n’est pas un personnage idéalisé, une image de soi fantasmée, toute puissante et salvatrice, compensatrice de nos faiblesses à vivre et à nous incarner. La plupart des héros des contes nous ressemblent vraiment ils ont des faiblesses, des voiles, des comportements incohérents. Ils sont souvent bornés, aveugles et stupides avant que leur vaillance ne soit révélée. Dans la mythologie grecque, le héros est un demi-dieu, il a ainsi des attributs humains et des ressources divines. Dans les contes traditionnels des frères Grimm, le héros contient en germe, malgré ses aveuglements, une flamme qu’il peut éveiller parce qu’elle y a toujours été. Même si les situations semblent tragiques, les héros des contes peuvent à la faveur d’une vision soudaine être éclairés par les puissances du coeur. Pourquoi pas nous ?
 
Le héros incarne le courage du coeur à dénouer, libérer, confronter les obstacles pour soi ou pour autrui, au service d’une vérité essentielle pour l’harmonie du royaume. Les contes sont peuplés de personnages archétypaux participant d’une aventure où le rôle de chacun prend tout son sens à la fin de l’histoire. Chaque personnage fait évoluer l’histoire à sa façon. Toutes les figures, du roi en passant par l’ogre, la sorcière, ont leur place, sont en interdépendance totale. Dans ces histoires, la nature, les éléments, les animaux sont fortement mis en avant et participent eux aussi à la quête du héros. Se perdre dans la forêt, en sortir initié et grandi, autant d’invitation à l’autonomie, à la croissance. Les contes nous apprennent à accepter ce que nous sommes, tel que nous sommes, ils nous enseignent à ne pas rester prostrés, résignés, enfermés dans nos limitations et routines mais à parcourir le vaste monde et y porter notre flamme.

Dans toutes les traditions et les cultures, le conte a ou a eu une place de choix. Il est vécu, selon le contexte, comme enseignement oral, transmettant de façon vivante et non dogmatique une sagesse de vie ou d’éveil. Il nous tend un miroir où nous pouvons lire notre propre histoire comme une simple histoire sans la prendre trop à coeur mais à coeur tout de même. Nous nous racontons des histoires, nous créons des récits par nos conversations privées ou publiques renforçant des scénarios qui ne manqueront pas de s’actualiser dans notre quotidien, justifiant ce que nous pensons de nous, des autres et du monde. Cela n’est pas inéluctable, nous pouvons changer le cours de l’histoire.
A l’aide du miroir d’un conte, nous entrons dans notre propre royaume pour éveiller les énergies créatrices depuis trop longtemps assoupies.
Les questions du roi élargissent sa vision, l’action du héros vaillant fait vivre la vision du roi dans le royaume élargi. Le souhait du coeur du héros lié à son action porte la vision du roi dans l’infini, là où la fée de l’instant dynamise l’inspiration. La fée rappelle que tout est déjà là, que le fruit n’est pas à chercher dans un ailleurs, un idéal de dualité mais dans l’ouverture à l’instant. Lorsque le héros ouvre son coeur, la fée apparaît sur le champ. Elle est l’instantanéité de la confiance en la vie qui se manifeste lorsque le héros touche le fond de son impuissance et prend conscience de ses manipulations. Si celui-ci lâche prise et reste dans la résonance du coeur, la fée réalise le souhait, pas forcément de la manière dont le héros l’avait imaginé.
Par la vaillance, l’ouverture, le lâcher prise, la résolution advient, elle est le fruit d’un nouveau regard dans l’instant, d’un changement décisif sur place.
 
Les contes, les mythes sont largement reconnus pour leurs effets thérapeutiques et sont utilisés dans de nombreuses méthodes et approches de guérison. Ils dégrossissent nos conditionnements et insistent sur les processus de résolution à mettre en oeuvre. Notre histoire est dans sa singularité
profondément universelle :  chaque histoire nous parle d’impasses et contient en même temps des clés pour activer à nouveau la mise en marche du héros.  L’approche par le conte, comme dans la psychologie humaniste, coupe court à la recherche sans fin des causes de nos maux et met l’accent sur l’activation d’un potentiel de guérison.

Le terrain d’entrainement à la bienveillance, le mandala des constellations

Les contes nous parlent de l’influence de l’enfance, des prédictions qui ont été mises sur nous, des ensorcellements d’avant notre naissance. Des liens inconscients interfèrent avec ce que nous vivons aujourd’hui, notre mandala est composite de fragments d’histoire familiale, de modèles culturels, d’appartenance spirituelle. Les bonnes fées y ont aussi leur place. Elles peuvent parfois prendre un visage inattendu pour nous inciter à ne pas végéter dans l’inconscience et nous inviter à prendre en mains le nettoyage des souterrains de la psyché. C’est ainsi que les constellations mettent l’accent sur l’importance des systèmes et de leur champ de forces. La mise en constellations développe une vision systémique, organique de l’ensemble, où l’individualité est impliquée dans un tissage vaste et complexe .
 
Dans les ateliers nous examinons ces aspects sous la forme du mandala en regardant cinq directions de notre existence actuelle, examinant les difficultés, les blocages, les histoires inachevées qui posent problème aujourd’hui :
  • relation à la famille, à nos ancêtres qui se trouvent derrière nous,
  • relation à la communauté des êtres avec lesquels nous sommes en relation aujourd’hui, ceux qui sont autour de nous
  • relation à ceux qui vont nous succéder, nos descendants, devant nous,
  • relation à la terre, comment nous nous incarnons ici, sous nos pieds,
  • relation à la grâce de l’éveil, à la spiritualité, aux maîtres qui nous inspirent, à ce qui est plus vaste que soi, relation à ce qui est au-dessus de nous.
L’examen de ces différents domaines permet de considérer l’individualité comme le lieu de déploiement de réseaux, de connexions en interdépendance, en mutations permanentes, en recherche de cohérence.

Avant d’aller plus loin, rappelons que lorsque nous utilisons des outils, contes, constellations, nous ne perdons pas de de vue la désolidification des processus de saisie toujours en cours. L’esprit risque de s’attacher même à des méthodes de guérison, de libération, qui visent le non attachement. Nous devons rester vigilants aux tentations de la saisie. Tout ce qu’on élabore en système ne fait que créer des problèmes dont ces systèmes deviennent à leur tour les résolutions. La boucle infernale se reproduit. L’attachement à un processus figé et rassurant pourrait nous faire croire que « ça y est », nous avons trouver le bon truc qui marche.
Tout thérapeute doit passer régulièrement ses outils à la transparence de la non dualité. Se questionner, revenir à l’ouverture du je ne sais pas, relancer la fluidité du lâcher-prise.
(Qui utilise ces outils ?)
En guise d’illustration, si nous prenons l’exemple des constellations, le risque est de faire de l’instant un moment de transe solidifiée, de se shooter à l’émotionnel. On crie, on hurle, on existe enfin ! Ici nous ne sommes encouragés à rien de tel ni découragés non plus. Parfois cela se produit, parfois pas, il ne s’agit pas de se forcer à entrer dans un moule thérapeutique, rassurant pour ceux qui en font partie, excluant d’autres procédés de guérison moins démonstratifs.
Certes il est nécessaire de dégeler les émotions et de faire sortir les démons mais sans addiction à des comportements extrêmes, défoulatoires et systématiques.

Dans les ateliers, contes et constellations se lient dans une dynamique thérapeutique : le conte nous montre nos conditionnements, les constellations nous les font vivre dans une puissante mise en volume, incluant les dimensions corporelles, émotionnelles du mandala que nous sommes et de mandalas plus vastes qui interagissent avec le nôtre.
Lors de certaines sessions nous considérons aussi les émotions et les énergies du mandala de l’éveil, tissant une continuité entre confusion et éveil.
Par les constellations, nous touchons de façon organique les processus d’enfermement et les fixations qui retiennent notre énergie de transformation prisonnière. Le groupe participe de cette mise en volume et l’amplifie.
Les constellations peuvent s’introduire en résonance avec le thème d’un conte.
Par exemple un des thèmes des contes merveilleux est la dualité princesse/souillon, deux tendances qui semblent opposées. La souillon représente nos schémas négatifs, souillés, les pires aspects de la dualité qui consistent à rejeter et à faire la guerre à son existence conditionnée et à celle des autres. Rien ne va jamais, tout est obstacle insurmontable, la souillon alimente, subjuguée par ses propres forces négatives la condition de sorcière.
La princesse quant à elle est le souhait d’union avec sa royauté initiale, union qu’elle risque de rater si le souhait est entre les mains de la souillon-sorcière-démone qui met des bâtons dans les roues à tout désir d’harmonie et d’accomplissement heureux. C’est un rôle que nos jouons souvent ou distribuons aux autres, parfois les deux, on se met des bâtons dans les roues, on s’empêche d’être heureux : c’est toujours Les-on le responsable !

Dans les ateliers nous procédons par étape, en nous entrainant d’abord à une qualité d’écoute et de questionnement, en lien avec le ressenti corporel de la présence à ce qui est. Puis nous entrons en résonance avec la clé d’un conte, enfin les participants incarnent les problématiques de leur mandala par les constellations. Ce moment demande qu’il y ait confiance, empathie, bienveillance entre les participants. Cela se manifeste naturellement à la suite des exercices psycho-corporels qui favorisent les échanges.
Dans les constellations, nous nous préparons à accueillir l’expérience de l’autre, à accepter aussi le regard de l’autre sur soi, à appliquer bodhicitta relative à soi-même et à autrui.
Car la mise en constellations implique chacun totalement, elle montre des histoires inachevées, des passés douloureux que l’on croyait parfois avoir résolu et qui reviennent en force.
On peut aussi être fortement interpelé par un rôle que l’on nous donne à jouer.
La bienveillance et la synergie du groupe apportent soutien et intensité à ce qui se déroule dans l’instant. Le grand miroir de la constellation révèle les liens entre karma individuel et familial. L’expression des émotions enfouies, les rituels de réconciliation libèrent des attachements au passé et permettent à notre propre mandala de prendre une autre configuration. Une autre constellation peut alors se dessiner, prendre place ou pas selon l’évolution de ce moment. Car l’espace reste ici le maître d’oeuvre de la thérapie. A partir de cette disponibilité dans l’instant, chacun dans le rôle qui lui a été donné suit les impulsions minimes et irrésistibles du corps jusqu’à la manifestation de mouvements, déplacements qui mettent à jour ce qui n’a pas été résolu dans le mandala de la personne qui fait sa constellation.
Faire confiance aux gestes, mettre en mots ce qui n’a jamais pu être dit achève des histoires restées en suspens qui empoisonnent le présent. Nous pouvons nous autoriser à alléger le quotidien, à favoriser l’accueil de ce qui est tel que c’est, à nous réconcilier avec nos ancêtres, à célébrer leurs mémoires.
La conscience que nous avons du lien entre les actes et leurs conséquences prend un sens concret. Cela raffermit notre détermination à assumer la responsabilité de notre karma individuel, familial et collectif, plutôt que de les rejeter ou d’accuser les autres de nos maux.

Danser dans la non dualité, l’éclosion de la joie inconditionnée

Fondamentalement il n’y a ni problème ni résolution. La vie est un processus dynamique où accepter de danser avec les hauts et les bas permet de se libérer des slashs solidifiés de la dualité. Bien qu’il n’y ait ni problème ni résolution, il y a néanmoins un jeu d’apparences qui nous fait souffrir et génère de la souffrance pour autrui. Balayer cette existence conditionnée sous prétexte qu’elle n’est qu’illusion relève d’une compréhension erronée et partisane. Certaines fixations spirituelles entretiennent une dualité subtile entre samsara et nirvana. Leur fondement à tous deux étant l’espace ouvert et fluide de la non dualité, la danse de l’éveil ne peut que s’y déployer dans la joie inconditionnée de l’instant.
Prendre soin des bonnes graines de notre jardin, essaimer la joie, est source d’inspiration pour soi et autrui.
 





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