Contribution de la tradition du Bouddha à l’écologie contemporaine
« Lorsque ceci est, cela est ; lorsque cela émerge, ceci émerge ; lorsque ceci n’est pas, cela n’advient pas ; la cessation de cela entraîne la cessation de ceci ». (Bouddha Sakyamuni)
« L’écologie, entendue au sens large, met en évidence l’interdépendance fondamentale de tous les phénomènes et notre intégration (donc en définitive notre dépendance) aux processus cycliques de la nature, en tant qu’individu et que société ». (Fritjof Capra).
Ces deux déclarations énoncent la réalité de l’interdépendance. Une révolution qui implique le dépassement de l’individualisme et l’intégration harmonieuse de l’humain dans la nature. La première citation, du Bouddha Sakyamuni qui vécu il y a 2 500 ans en Inde et la seconde du scientifique contemporain Fritjof Capra, résument les convergences de vue sur la nature de la réalité telle que l’envisage le Dharma, les enseignements du Bouddha, et l’écologie issue des sciences contemporaines.
La tradition du Bouddha est fondée sur la compréhension et le vécu de l’interdépendance et de la compassion. Qu’est-ce que « l’interdépendance » ? C’est la réalité selon laquelle aucun phénomène n’existe en tant qu’entité indépendante, autonome, monolithique ; aucun phénomène n’existe par lui-même, de lui-même et pour lui-même, pas même « Moi ». Cette vision est holistique, c’est-à-dire globale ou universelle et a des implications immenses tant au niveau extérieur en ce qui concerne la vision du monde dans lequel nous vivons, qu’intérieur au niveau personnel et dans la nature des relations que nous entretenons entre l’intérieur et l’extérieur, avec nous-même et nos semblables et avec notre environnement.
Interdépendance holistique
Dans cette perspective de l’interdépendance holistique, toutes les réalités de l’univers s’interpénètrent et se reflètent les unes dans les autres de telle sorte qu’un atome dans l’ordre microscopique est à l’image de l’univers dans l’ordre macroscopique et qu’un atome contient autant d’univers qu’un univers contient d’atomes... Cet enseignement est énoncé dans l’Avatamsaka sutra, un texte traditionnel particulièrement influant dans la culture chinoise. Le tout, la totalité des phénomènes de l’univers y est comparée à un vaste filet de joyaux au coeur desquels siège l’intelligence que nous sommes :
« Le filet impérial est fait de joyaux : les joyaux étant clairs, leurs images se reflètent les unes dans les autres, en une multitude de reflets jusqu’à l’infini. Tous les joyaux apparaissent simultanément en un seul joyau et il en va de même pour chacun d’entre eux - Ultimement il n’y a ni allée ni venue. Si vous siégez dans un joyau, alors vous siégez dans tous les joyaux multipliés à l’infini dans toutes les directions. Pourquoi ? Parce qu’en un seul joyau sont tous les joyaux (...). ». (In : Buddhism and Ecology, Cassel Publishers, USA 1992, 11 : Tu Shu, Cessation et contemplation in the Five Teachings of the Huayen, Thomas Claery (ed), Entry into Inconcevable, University of Hawai Press, Honolulu, 1983, P66).
La compassion est la nature de l’interdépendance

Ce que l’on appelle la compassion est la nature de cette expérience de l’interdépendance qui s’exprime dans la formule traditionnelle : « Tous les vivants aussi nombreux que vaste est l’espace sont nos propres mères ». C’est une façon engageante et sensible de dire que nous sommes aujourd’hui, en tant qu’êtres humains, un maillon de la chaîne du vivant dont la genèse remonte aux origines de la vie ; nous sommes donc les enfants de tous les vivants. La vie que nous sommes est redevable à toutes les formes de vie. « Tous les vivants sont nos propres mères » est une expression de la solidarité de tous les vivants dans l’aventure de la vie. Dans cette perspective, la compassion est finalement la nature du lien, conscient ou inconscient, qui relie, (de gré ou de force !) tous les êtres. Il ne s’agit pas d’une vision angélique niant la mort et la violence mais d’une intelligence qui comprend la vie - non pas comme la contraire de la mort - mais comme naissance et mort. Dans la perspective du Bouddha, la vie est un cycle sans début ni fin de naissances et de morts : naissance, croissance, dégénérescence et mort, renaissance et re-mort ; printemps, été, automne, hiver, printemps... Et les conditions d’émergence de la vie que nous sommes, sont en un mot : harmonie. La délicate adéquation des systèmes physiologique, biologique, écologique qui rendent l’existence et son bonheur possible est harmonie. Une réalité que la science contemporaine et l’écologie redécouvrent :
« Toutes les communautés vivantes résultent de la coexistence équilibrée d’êtres arrivés à des stades fort divers de l’évolution, et jouant chacun leur rôle spécifique au sein de ces équilibres. (...) les plantes n’existeraient pas sans les micro-organismes, seuls capables de fixer l’azote atmosphérique. Les animaux dépendent totalement des végétaux qui leur fournissent l’oxygène et la nourriture nécessaires à leur croissance et leur maintenance. Et que serait l’homme sans tout ces “prédécesseurs” dont il dépend entièrement ? »
Une hiérarchie rigoureuse et dynamique préside, on le voit, aux grands équilibres de la nature. Le gui est lié à l’arbre qui le porte, comme tout parasite à son hôte, même s’il l’affaiblit ; mais en le tuant, il mourrait avec lui. Les carnassiers s’éteindraient si la nature n’avait doté leur proie d’un taux de fécondité remarquablement élevé, permettant un renouvellement généreux des populations. Les échanges alimentaires créent donc entre les espèces des réseaux d’interdépendance d’une extrême complexité que l’écologie moderne commence seulement à entrevoir, et où la lutte pour la nourriture ne s’exerce jamais au détriment des processus et des forces qui en limitent les effets. Car au quantitatif — les ressources disponibles — s’ajoute le qualitatif : la diversité des espèces qui les exploitent ; l’utile, l’économique, l’alimentaire, est au service du gratuit, de l’exubérance, de la fantaisie. En multipliant à l’envi les espèces, la nature assigne à chacune d’elles, avec une imagination sans limites, les conditions particulières par lesquelles elle exploite les ressources du milieu où elle vit, ce qui, évidemment, limite leur concurrence. (...)
On est loin, on le voit, du simpliste "struggle for life", où chacun s’entre-dévore à belles dents. Car les équilibres de la nature sont tels que l’élimination pure et simple d’une espèce par une autre, du prédateur par la proie est pratiquement impensable. La lente dérive de l’évolution conduit à l’extinction, en quelque sorte par langueur, des espèces vieillissantes. Mais la biologie ignore l’extermination brutale par simple compétition entre espèces ou au sein d’une espèce. Le génocide et l’ethnocide restent le triste privilège de l’homme, capable, dans sa folie et dans sa furie, de nier totalement les principes de coopération au profit des seuls principes de compétition. (...) ». (Jean-Marie Pelt)
La réalité de l’interdépendance démontre que les cloisonnements hermétiques et les antagonismes univoques n’existent pas dans la nature. La découverte de l’aspect artificiel des séparations permet de prendre conscience à quel point les représentations mentales finissent par former une bulle humaine et rien qu’humaine qui nous coupe de la réalité vivante. La percée de cette bulle ou sa transparence est ce qui ouvre aux implications existentielles de l’interdépendance, c’est-à-dire notre pleine participation à la réalité de l’autre, que cela soit mon semblable ou l’environnement. Cette dimension participative, empathique et coopérative est un des aspects de ce que l’on appelle dans le Dharma : « compassion ». C’est une dynamique de coopération, d’inter-être, que l’on retrouve à l’oeuvre dans tout système vivant dont la dynamique centrale consiste à maintenir son harmonie interne et avec son environnement, en d’autres termes à préserver son homéostasie.
« Prends tes leçons dans la nature », disait Léonard de Vinci. S’il est vrai que l’harmonie préside à la vie de la nature, l’humain qui en fait partie intégrante, tel un fil dans la toile de la vie, n’aurait qu’à imiter la nature pour réaliser ce à quoi il aspire de tout son coeur avec tous les vivants : le bonheur, c’est-à-dire vivre en harmonie avec ses semblables et avec son environnement.
« De la même façon que la main et le reste
Sont considérés comme des membres du corps,
De même, pourquoi les êtres vivants
Ne sont-ils pas considérés comme des membres de la vie ? »
(Shantideva, Bodhicaryavatara VIII, 114)
Ainsi interdépendance et compassion, les deux principes fondateurs et dynamiques de la voie du Bouddha sont des réalités « naturelles ». L’interdépendance signifie que l’individualisme si cher à notre époque moderne, est une illusion contre nature. Ce fantasme d’un « individu » séparé et omnipotent est la source d’une lutte permanente qui consiste essentiellement à maintenir cette illusion de la séparation comme si c’était vital alors que c’est létal ! Bref, cette erreur d’appréciation du réel est, selon les enseignements du Bouddha, la source du mal être personnel et collectif. Le bonheur ne peut être réalisé en contradiction avec la réalité, il ne peut l’être qu’en harmonie avec celle-ci. C’est-à-dire dans un esprit et une conduite altruiste. Car je ne peux réaliser mon bonheur seul en l’opposant à celui d’autrui. Ceci est vrai au niveau personnel, familial, social, politique, géopolitique et écologique. Dans le monde global que nous vivons, la défense des intérêts particuliers à court terme, ceux de l’humanité, en opposition à ceux de la planète, ceux des pays riches en opposition aux pays pauvres, les miens contre ceux d’autrui, etc. sont des attitudes aveugles et suicidaires. Comme le dit le Dalaï-Lama : « dans ce contexte (celui de la globalisation) de nouvelles interdépendances, prendre en compte les intérêts des autres est à l’évidence la meilleure manière de servir nos propres intérêts »
L’interdépendance et la nouvelle interprétation scientifique de la vie
Aujourd’hui, cette vision de l’interdépendance est au cœur d’une nouvelle interprétation scientifique de la vie qui remet en cause de façon décisive les paradigmes anciens selon lesquels l’univers serait un système mécaniste, le corps humain une machine, la vie en société une lutte compétitive pour exister, le progrès matérialiste sans limites passant forcément par la croissance économique et technologique et la domination de l’homme sur la femme.
La nouvelle interprétation scientifique des systèmes vivants dont Fritjof Capra offre une synthèse magistrale dans l’ouvrage intitulé La Toile de la Vie - s’appuie sur les découvertes fondamentales réalisées ces dernières années dans les sciences cognitives incluant un faisceau de disciplines complémentaires telles que la physique quantique, les mathématiques de la complexité, la biologie, la psychologie, etc.. Dans ce contexte, l’émergence de la pensée systémique fondée sur l’interdépendance des phénomènes qui considère qu’il n’est possible de comprendre les caractéristiques des parties qu’à partir de l’organisation du tout et le tout comme plus que la somme de ses parties, constitue les bases conceptuelles holistiques de la science actuelle et à venir. Ces perspectives ouvrent sur une perception renouvelée de la vie qui a des répercussions essentielles, non seulement dans les domaines de la science et de la philosophie, mais aussi de l’économie, de la politique, de la santé, de l’enseignement et de la vie quotidienne.
L’essence de ce nouveau paradigme, qui correspond à une véritable révolution copernicienne, rejoint les fondements de l’intelligence spirituelle et pragmatique des traditions anciennes et notamment du bouddhisme, qui ont su pendant des millénaires, intégrer l’habitant et l’habitacle, la vie humaine et son environnement dans une économie harmonieuse avec la nature.
Or, comme le dit Capra :
« les problèmes majeurs de notre époque (surpopulation, pauvreté, pollutions, baisse de la biodiversité, conflits, etc.) ne peuvent être abordés séparément. Ils sont systémiques, c’est-à-dire interdépendants. Le fond commun de nos difficultés semble être la perception parcellaire que nous avons de nous-même et du monde. En définitive, tous ces problèmes doivent être examinés comme les différentes facettes d’une même crise – qui se traduit surtout par une crise de la perception ».
Se réconcilier avec une perception juste
Voilà donc une percée fondamentale sur les causes de la crise écologique : une crise de la perception. Cette analyse rejoint celle du Dharma pour expliquer la cause de la dysharmonie : l’ignorance. Une perception erronée qui vient d’une erreur d’appréciation et plus précisément de l’occultation ou de l’ignorance de la perception juste.
Existe-t-il un remède à cette crise ? Il y en a certainement plusieurs auxquels participent la nouvelle conscience écologique planétaire et qui concerne tous les domaines de la société. Quelle peut être la contribution de la tradition du Bouddha dans ce contexte ?
D’une façon générale, la tradition du Bouddha dans sa dimension universelle et holistique, est une tradition spirituelle et éthique non confessionnelle et agnostique. Dépassant les querelles théologiques ou idéologiques, elle peut jouer un rôle de réconciliation : Réconciliation de l’humain avec lui-même dans l’expérience de l’interdépendance et de la compassion se substituant à la culpabilité ; réconciliation du corps et de l’esprit dans la découverte de leur harmonie non-duelle ; réconciliation de l’humain et de la nature dans une écologie holistique ; réconciliation de la nature et de la culture dans une anthropologie fondamentale ; réconciliation de la pensée et de la vie dans une incorporation de l’activité sensorielle et mentale ; réconciliation de la science et de la spiritualité dans une alliance des intelligences ; réconciliation des traditions spirituelles et de la société dans une compréhension de l’unité dans la diversité, etc.
L’art de rétablir la libre circulation des flux naturels

Plus concrètement, la tradition du Bouddha peut aussi nous aider à faire l’expérience vécue de l’interdépendance et de la compassion et à changer de mentalité pour redécouvrir une relation juste avec la terre.
« La vie est fondamentalement harmonie. Comprendre l’interdépendance qui relie tous les phénomènes et adopter une attitude de non-agression est le plus sûr moyen de maintenir cette harmonie en nous et de préserver les équilibres de notre environnement aux niveaux local et mondial.
Il n’y a pas d’habitant sans habitacle, pas de vie sans milieu vital, l’habitant qu’est ce corps dépend de sa bio-niche et je suis fait de ce qui est autre que moi. La vie que je suis est autant là qu’ici. Et “là“, c’est-à-dire la bio-niche autour de moi, est tout aussi importante pour ma vie que celle que je vis en moi habituellement ; c’est la même vie qui est une et tous les éléments qui composent la vie sont interdépendants.
L’art de rétablir la libre circulation des flux naturels peut aussi se nommer ‘‘écologie sacrée’’ : l’harmonisation des terriens dans leur biosphère, la réintégration harmonieuse de l’homme dans son milieu. Il s’agit simplement de retrouver une relation saine avec son propre corps, le corps du souffle et le corps de l’environnement. Il s’agit de redécouvrir le lien charnel qui nous unit à la terre et aux éléments et dans l’intelligence de l’unité, respecter la diversité, la variété, que ce soit celle des humains ou celle du vivant, la bio-diversité.
Il s’agit aussi de retrouver l’amour de la terre mère. “Aime la terre comme toi-même, car tu es terre : de la terre tu es venu et à la terre tu retourneras, de la terre des ancêtres émergé, à la terre des ancêtres retourné.” Cette Terre qui, labourée, continuera à soutenir la vie des enfants et de leurs enfants pour les générations à venir. Il est ainsi vital pour l’espèce humaine que nous développions un lien émotionnel avec la terre mère, avec la nature.
Face aux grands problèmes auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés, il convient de rappeler cet élément central qui est que le changement passe par celui des mentalités. Il s’agit d’opérer une révolution de mentalité ». (Lama Denys Rinpoché)
Pratiquer le Dharma : un acte géopolitique
Enfin, les enseignements du Bouddha dont l’authenticité, la cohérence et l’opérativité ont été préservées de génération en génération jusqu’à aujourd’hui, peuvent nous apporter des moyens et des méthodes pratiques de transformation de soi et du monde. Ceux-ci sont fondés essentiellement sur trois apprentissages : Une intelligence visionnaire de la nature des phénomènes, une expérience profonde de la nature de la perception et une discipline éthique de non-violence.
L’intelligence visionnaire se développe dans la compréhension de l’interdépendance des phénomènes extérieurs et surtout dans la dimension cognitive de l’interdépendance. C’est-à-dire la compréhension du fonctionnement de notre esprit ou des modalités de la connaissance. Il s’agit d’apprendre à découvrir la structure, le tissu cognitif de notre expérience vécue et finalement de découvrir la nature de ce que nous sommes ou la nature de ce qui constitue nos perceptions : le sujet (celui qui perçoit) et l’objet (ce qui est perçu).
L’expérience profonde de la perception se dévoile dans ce que l’on appelle la méditation ou plus justement contemplation. Il s’agit d’apprendre à rester immergé dans une présence sensorielle ouverte, claire et sensible ; ouvert à l’expérience de la nature et de notre nature, d’instant en instant, dans la simplicité et l’authenticité. Les perceptions sensorielles sont les portes d’accès au réel. Les six sens (dont le mental) sont les domaines, la structure et les moyens d’une compréhension authentique de la nature et du rapport que nous entretenons avec notre environnement intérieur et extérieur.
La discipline éthique est essentiellement la pratique de la non-violence vis-à-vis de soi-même, d’autrui et de l’environnement. Elle est fondée sur la règle d’or qui dit « ne fais pas à autrui ce que tu ne souhaiterais pas que l’on te fît ». L’éthique du Dharma est une éthique d’harmonie et de santé qui aide à retrouver la santé fondamentale naturelle inhérente à la vie. Il ne s’agit pas de cultiver le bien contre le mal mais de se rendre disponible et réceptif aux actes du corps, de la parole et de l’esprit, facteurs d’harmonie et de bonheur pour soi et pour autrui.
Aujourd’hui, ce type de démarche, pratiquer le Dharma, est non seulement un engagement personnel et intime libérateur mais aussi :
"un acte géopolitique car tous ce que nous faisons ajoute ou diminue le fardeau que fait peser l’humanité sur la terre. C’est aussi un acte géopolitique, car étant donné la dévotion continuelle envers la consommation, l’une des actions les plus radicales que nous puissions mettre en oeuvre dans notre société est de consommer moins, de méditer assis tranquillement dans une pièce ou d’essayer et de voir clairement qui nous cherchons à être. Et enfin pratiquer le dharma est un acte géopolitique car cela offre un espace de travail en lequel nous pouvons demeurer à l’écart de l’agressivité de notre société et considérer des alternatives". (Peter Timmerman)
L’éco-site d’Avalon et l’empreinte écologique

En effet, les « centres du Dharma » dans le monde offrent cet espace de renouvellement de la relation de l’humain avec lui-même et avec la nature. Dans la méditation et l’action, nombre d’entre eux, en Asie, aux USA et en Europe, tentent d’intégrer l’écologie dans leur mode de fonctionnement quotidien (une éthique de solidarité, nourriture végétarienne et biologique, transports partagés, énergies renouvelables...).
En France par exemple, le Sangha Rimay, œuvre depuis 25 ans à l’Institut Karma Ling, en le Domaine d’Avalon, à la réalisation d’un éco-site dédié à l’éducation à l’écologie intérieure et extérieure. Au coeur d’une vallée sauvage de Savoie à 800 m d’altitude, le site qui comprend 55 hectares de forêt s’est développé autour d’une ancienne chartreuse et d’un temple traditionnel, « la Maison de la Sagesse » avec des centres de retraites et un ensemble de petits chalets nichés dans les bois. L’Eco-site d’Avalon est un lieu de vie, de découverte et d’apprentissage d’une perception juste et profonde de l’interdépendance. Son activité principale, conduite sous la direction spirituelle de Lama Denys Rinpoché, consiste en la transmission des enseignements du Bouddha dans la tradition Mahamudra-Dzogchen du Bouddhisme tibétain. Cette transmission se réalise dans un esprit d’ouverture à l’environnement contemporain qui allie la contemplation, l’étude, l’activité au sein de l’éco-site et l’organisation de rencontres inter-traditions et transdisciplinaires qui réunissent plusieurs fois par ans des représentants des traditions spirituelles (musulmans, chrétiens, autochtones, etc.) et humanistes (scientifiques, philosophes, artistes, etc.).
Sur le plan de l’écologie pratique, l’éco-site est géré selon le format d’un Agenda 21 selon un plan d’action qui répond à un cahier des charges comprenant :
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La stratégie énergétique allant vers une autonomie
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L’isolation de l’habitat
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L’économie d’énergie : température dans les locaux à 15° maximum, véhicules communautaires.
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L’alimentation en produits biologiques pour partie produits sur place ou autant que possible de proximité
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Le développement du potager et du verger
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Le tri des déchets
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L’utilisation de produits d’entretien écologiques
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Un plan de gestion de la forêt proche de la nature, la mise en valeur de la richesse botanique et l’aménagement de parcours contemplatifs
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L’harmonie et l’esthétique des lieux
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Le travail en réseau local et international
L’empreinte écologique de l’Institut Karma Ling, calculée lors du « forum Ecologie et spiritualité » en octobre 2004, correspond à 3 hectares par personnes alors que la moyenne française est de 5,6 hectares par habitants.
Cela signifie que si tous les habitants de la terre vivaient comme un Français, il faudrait trois planètes pour répondre à la consommation de ressources et au besoin d’absorption de déchets. Si tous les habitants de la terre vivaient comme à l’Institut Karma Ling il faudrait encore un peu plus d’une planète pour subvenir aux besoins de tout le monde. Cependant, ramené à la bio-capacité du territoire français qui est de 3 hect/habitant, l’empreinte de l’Institut Karma Ling est équilibrée. Ces chiffres sont encourageants mais encore très insatisfaisants car le point d’équilibre au niveau planétaire est de 1,9 hect/habitant. Il faut donc réduire l’empreinte écologique de l’Institut d’au moins 1 point pour parvenir au but que l’Institut s’est fixé, c’est à dire montrer concrètement que l’établissement d’une communauté contemporaine viable est possible et de devenir par là même un éco-site pilote d’éducation à l’écologie holistique.
Pour réaliser ce projet au niveau global, il n’est pas nécessaire de tout réinventer mais plutôt de s’inspirer des sagesses anciennes et de réapprendre à penser et à agir. Il s’agit d’appliquer à tous les niveaux de la société les conséquences des découvertes scientifiques et d’utiliser intelligemment les outils technologiques tout en renouant avec les racines intemporelles et le pragmatisme respectueux de la nature des traditions ancestrales au service de l’harmonie individuelle et collective.